Culture - Enseignement

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Mal diffus

Une toile d’une soie venimeuse s’empare de la maison des ours. Nous trébuchons dans ce réseau de préjudices.

Malgré ma lutte vertigineuse, leurs regards aveuglés freinent ma course.

Chacun parsème notre route commune d’embûches. Chacun s’invente une sphère de verre et s’y protège.

Ainsi, les hurlements des autres paraissent moins importants que les nôtres qui raisonnent dans notre tête, supplantant les maux des autres.

Ainsi, pour se protéger, chacun exile sa souffrance, la faisant croître involontairement, la retenant dans cette bulle aux parois tremblantes, prête à éclater.

Et tout le monde hurle à travers le double vitrage.

Certains entendent, au loin, un bruit sourd, mais personne n’écoute. Enchaînés par leurs propres schémas de pensée, les ours s’entretuent.

Leurs mots m’affligent : « tu n’es pas normal » ; je me noie dans le flot de leurs paroles maudites. J’aspire à un ailleurs, je supplie ce paysage qui me maintient en vie. La folie me terrorise, à en devenir fou. Je me répète ces mots, je tente de m’en convaincre, « je ne suis pas fou ».

La réalité se déforme ; avide d’ailleurs, je me complais dans ce nouveau monde, illusoire.

Par manque de pomme ou par l’excès d’une vie, je me meurs.

Quel est ce mal qui nous ronge, si ce n’est le mal des autres ?