Culture - Enseignement

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Au confessionnal

Devant l’église Sainte-Marie, une femme hésite. Après quelques minutes, elle se dirige vers l’entrée et gagne le confessionnal

- Bénissez-moi, mon Père, parce que j’ai péché.
- Racontez-moi, ma fille…
- Il y a quelques années j’ai commis plusieurs erreurs dont je ne me remets pas. Je vis avec cette culpabilité qui me ronge.
- Je vous écoute. Je ne suis pas là pour vous juger, je sais que ça doit être difficile pour vous…
- Jurez-moi que cela restera entre nous !
- Seul Dieu sera témoin de notre conversation.

Le prêtre lève son regard vers le ciel

- J’ai trahi mon mari.
- Aaah, je vois ce que vous voulez dire…
- Vous savez que mon mari est mort … Et … J’en suis responsable.
- Que voulez-vous dire par là ?
- C’est moi qui l’ai tué
- Comment ça, vous estimez l’avoir poussé au suicide ?
- Mais vous ne comprenez pas ! Je l’ai endormi avec du chloroforme puis j’ai pris un couteau et je lui ai ouvert les veines. Je regrette tellement, si vous saviez !
- Je pense que vous n’avez pas encore fait votre deuil… J’ai l’impression que vous n’êtes pas dans votre état normal.
- Je suis tout à fait lucide.
- Mais alors, pourquoi avoir commis un tel acte ?
- Après la mort de mon fils, j’ai perdu pied. Mon unique objectif était de combler le vide qu’il avait laissé, c’était devenu une obsession. J’en suis arrivée à commettre le pire…
- Mais qu’est-ce que votre mari à avoir là-dedans ?
- Tout d’abord, j’ai commencé à combler le vide avec Théo, l’enfant de ma voisine et meilleure amie, Alice. Je lui offrais les jouets de mon fils, je l’invitais à jouer chez moi, j’allais le voir au spectacle de son école, …
- Vous n’avez pas répondu à ma question.
- Mon mari avait l’impression que je cherchais à remplacer Maxime ; il souffrait de voir un enfant s’amuser dans sa maison, un enfant qui n’était pas le sien, mais moi, cet enfant me redonnait une raison de vivre !
- Mais pourquoi avoir tué votre mari ?
- Mon mari a décidé que je ne devais plus voir Théo car il ne pourrait jamais remplacer notre fils et parce que ça me faisais plus de mal que de bien de le voir si souvent. Il m’a même demandé si je n’aimais plus notre propre enfant, vous vous rendez compte ?!

La voix de Céline résonne dans toute l’église

- Ne pensez-vous pas que votre mari a dit cela parce qu’il était désespéré?Avez-vous d’autres fautes à me confier ?
- Après avoir tué mon mari et avoir masqué son meurtre en suicide, j’ai été accueillie chez ma voisine. J’en ai profité pour les endormir, elle et son fils. Puis je l'ai empoisonnée avec son mari et j’ai masqué ces meurtres par une intoxication au monoxyde de carbone. J’ai fait en sorte que seul l’enfant survive. Après avoir éliminé toute sa famille, j’ai enfin pu l’adopter...
- Pourquoi vous en êtes-vous prise à cette famille ?
- C’est à cause d’Alice si mon fils est mort !
- Que voulez-vous dire par là ?
- Elle l’a laissé tomber de la fenêtre !
- La mort de votre fils n’était pas un accident ?
- Elle aurait dû passer par la haie du jardin et le dissuader d’attraper le chat sur le toit, plutôt que de perdre du temps à venir me chercher!
- Mais Madame … Elle n’aurait jamais pu le sauver.
- Bien sûr que si !
- Je sens que vous avez d’autres peines sur le cœur ; vous pouvez tout me dire.
- J’ai aussi tué Mamie Jeanne.
- La gentille dame qui venait souvent à la messe et qui est morte d’un infarctus ?
- Elle-même. J’ai remplacé ses médicaments par des placebos.
- …
- Mon Père ?

Le prêtre se passe les mains plusieurs fois sur le visage

- Que dois-je faire ?
- Il vous faut demander le pardon de Dieu.
- De tous ces péchés, je demande pardon à Dieu, et à vous, mon Père, pénitence et absolution.
- Mon enfant, je vous invite également à trouver refuge dans la prière. Mais pour pleinement soulager votre conscience, n’iriez-vous pas vous dénoncer à la police ?
- Je ne veux pas perdre mon fils encore une fois.
- Mais Théo n’est pas votre fils !
- SI, IL EST À MOI !!!

Céline se lève et quitte précipitamment le confessionnal en sanglotant.
Le prêtre, resté seul, a le regard vide.