Culture - Enseignement

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Atelier de théâtre gestuel « autour du Haïku »

Etablissement scolaire :

Campus St-Jean
Rue de Birmingham 41
1080 Molenbeek-St-Jean
Tél.: 02/412 04 80

Opérateur culturel :

Charleroi/Danses
Centre Chorégraphique de la Communauté française
Boulevard Mayence 65C
6000 Charleroi
Tél. : 071/23 01 34
Site : www.charleroi-danses.be

Classes et type d’enseignement concernés :

Enseignement secondaire ordinaire, une classe passerelle pour primo-arrivants (de 12 à 18 ans)

Matières et disciplines :

Français
Arts de la scène

Objectifs poursuivis :

L’objectif de l’atelier est d’amener les participants à acquérir les bases de la langue française, à manier et apprendre la langue de leur pays d’accueil et ceci d’une autre manière que par le biais d'un cours de langue traditionnel. Les élèves, entre 12 et 18 ans, sont issus de classes passerelles dans lesquelles l’apprentissage du français est d’une grande importance. Plusieurs objectifs sont ciblés :

- assimiler une meilleure compréhension de la langue ;
- développer l’expression verbale dans la langue (articulation, gestion du débit,..), para-verbale (intonation, expressivité,..) et non –verbale (le gestuel, le corporel,..)
- enrichir le vocabulaire d’expression
- apprendre à travailler en groupe : écouter, échanger, respecter

Description et déroulement :

Le théâtre gestuel implique un travail corporel qui aboutit à la maîtrise de l’expression orale.

Afin de faire écho au thème choisi cette année par l'école - le Japon – il a été décidé de travailler l'univers du haiku, forme poétique caractéristique de ce pays.
En effet, le haiku, aussi bref soit-il, ouvre un large champ d'expression.
Les images et la musique qu'il inspire, sa brièveté (« le temps d'un souffle »), son hommage du moment présent, sa composition en trois temps, son phrasé dépouillé, son rapport à l'infiniment petit et l'infiniment grand, sont une grande source d'inspiration permettant de jouer avec la langue et de faire émerger le geste et l'imaginaire au sein d' un groupe de jeunes désireux de faire du théâtre mais ne maîtrisant pas la langue française.
 
Danser le temps d'un haiku, dessiner sa musique, mettre en mots un ressenti fugace, mettre en geste une idée, composer une phrase de trois mouvements, l'échanger, la répéter, la reformuler, la jouer à cet instant-là de la séquence d'improvisation... Telles sont les expériences que pourront vivre les participants de cet atelier qui les mènera à intégrer la syntaxe de la langue.

Déroulement :
Sur les huit ateliers  prévus pour ce projet, les quatre premiers ont été réservés à une sensibilisation au théâtre gestuel, en s'appuyant sur le langage poétique du haïku, poème court japonais.
Les élèves ont été guidés dans des exercices d'expression corporelle, de jeux de rôle et ont été amenés à créer la matière nécessaire servant de support à l'élaboration d'une création. A titre d'exemple, la réalisation de dessins a été effectuée, s'inspirant des thèmes propres au haïku mais également de la musicalité de ce genre de poème, afin d'aboutir à une retranscription graphique abstraite donnant lieu à une gestuelle chorégraphique.
Dans l'objectif de sensibiliser à l'art, une partie d’un atelier a également été réservée à la visualisation d'une vidéo sur le travail de Pina Bausch, chorégraphe émérite et fort inspirée du théâtre gestuel.
Les derniers ateliers ont été réservés à la création d'une courte forme de théâtre gestuel (soit deux ateliers au total) en vue de la présenter aux autres élèves.
Ils ont créé et présenté trois courts tableaux, chacun inspiré d’un poème qu’ils ont exprimé en gestes et en mots.

Aspects positifs :
Les ateliers ont eu lieu dans les espaces de Charleroi/Danses, à la Raffinerie, qui dispose de plusieurs studios de danse professionnels.

Ce cadre était idéal pour réaliser des ateliers faisant appel à l'expression du corps (grand espace, tapis de danse, matériel sono...) mais il permettait également de faire sortir les élèves de leur milieu quotidien et de leur faire découvrir un véritable lieu de création et de diffusion artistique. Pour les élèves, ce changement de contexte et l'atmosphère y régnant était donc favorable à les 'intéresser au processus de création artistique.
Peu d’adolescents, s’ils ne proviennent d’un milieu social favorable à la rencontre de lieux culturels ou de personnalités de grande envergure et acteurs du milieu culturel, ont l’occasion de pouvoir pénétrer dans un lieu de ce genre.
Pendant leur atelier, la compagnie de Pierre Droulers répétait son dernier spectacle,
De l’air et du vent, quelques locaux plus loin ; des compagnies en résidence travaillaient leur production en cours dans des studios adjacents, des danseurs professionnels fréquentaient les cours du « training program », etc.
Cet environnement professionnel a été un facteur d’émulation pour ces jeunes, qui, pour certains, n’ont jamais été scolarisés.

La mixité du groupe a été perçue de façon positive par la plupart des élèves, puisqu’elle mélangeait quatre classes passerelles de l’école. Au delà des clivages habituels (âge, sexe, origine), ils ont également appris à travailler ensemble et à produire un travail commun. La petite représentation finale au cours de laquelle ils présentaient trois courts tableaux inspirés d’un haïku, les a amenés à une structure de travail : présenter une saynète avec un vrai début, un déroulement et une fin, et une incarnation du propos.
Ils auront donc eu l’occasion d’effleurer, de toucher du bout des doigts un processus de création et y auront été sensibilisés.

Evaluation :

Le soutien apporté par l’enseignante, sa participation aux ateliers, son implication, son suivi (communication avec les autres professeurs, suivi de la communication avec les élèves malgré qu’ils ne fussent pas dans sa classe) a été un élément essentiel du bon déroulement de l’atelier.

L’animatrice intervenante a été très bien perçue par les élèves. Sa provenance d’un milieu tout à fait différent du milieu scolaire, son savoir-faire, son expérience et son parcours d’artiste ont été importants par rapport à l’écoute des élèves.

Problématiques rencontrées :
Lorsque l'on a entre 12 et 18 ans, on a aussi beaucoup d'autres préoccupations que le langage poétique du haïku. On pense à se maquiller, écouter de la musique avec son Gsm, ne pas être d'accord par principe, jouer, se disputer, ... Il y a aussi, celui qui ne s'était pas inscrit à cet atelier mais que l'on a obligé à venir quand même, celle qui a mal au ventre ce jour-là et au pied le suivant, l'autre qui "non, pas aujourd'hui, madame".

Aux caractéristiques typiques de l'adolescence vient aussi s'ajouter un temps d'atelier très court, réduit d'office par le retard des élèves, puis par le temps de mise en place (enlever ses chaussures, aller aux toilettes bien qu'il y ait eu tout le temps auparavant, jeter sa chique et ranger son Gsm...) et enfin par le départ anticipé afin de correspondre aux horaires de l'établissement scolaire, l'atelier se faisant à l'extérieur de celui-ci (à 5 min de marche à une vitesse normale pour un adulte, mais mieux vaut en ajouter 5 ou 10 lorsqu'il s'agit d'un groupe de jeunes).

L’hétérogénéité du groupe, tant au niveau des âges, que des provenances des classes  a aussi constitué un obstacle à la cohésion du groupe.
D’une part, l’écart d’âge entre les élèves : on ne travaille pas avec un garçon de douze ans comme avec une fille de 18 : les centres d’intérêt sont différents et la façon de les « accrocher » également.
D’autre part, les élèves provenant de quatre classes différentes, il n’y a pas eu de travail préparatoire à l’atelier ou de suivi dans le cadre de leurs cours.
De plus le professeur accompagnant l’atelier théâtre était en congé de maternité. Sa remplaçante ayant commencé le jour du premier atelier, elle n’a guère eu le temps d’instaurer un rapport de groupe, n’ayant par ailleurs dans sa propre classe que trois des élèves de l’atelier.

Enfin, un nombre d’ateliers aussi restreint (8 séances de 2h de cours) implique de travailler dans le concret, surtout pour un public adolescent. La thématique du Japon, qui était souhaitée par l’école, n’était pas adéquate (trop abstraite, trop éloignée de la réalité des jeunes) dans ce contexte. De même, il est nécessaire de prévoir l’organisation des ateliers de façon précise.

Une autre difficulté était la présence dans l’atelier d’élèves n’ayant pas souhaité le suivre mais y étant contraints. L’école proposait quatre ateliers et répartissait les élèves en essayant de respecter leur choix premier, ce qui n’a pas été possible pour tous. Certains élèves, donc, se sont vus « casés » dans l’atelier théâtre et leur manque d’intérêt et de participation a constitué un obstacle à la dynamique de groupe, lassant aussi les autres élèves.

Plusieurs niveaux ont été distingués, en fonction de la particularité des élèves de l’atelier (âge, primo-arrivants, différentes nationalités, scolarisés ou non dans leur langue d’origine, classes passerelles différentes)

- l’apprentissage du français, du côté réceptif : compréhension des consignes, enrichissement du vocabulaire, et expressif : exprimer son avis, se concerter, apprendre un texte, le mémoriser, le prononcer correctement, y mettre une expression,…

- l’apprentissage social et culturel ; le travail en groupe (groupe créé pour l’atelier),
le travail avec un adulte porteur d’un savoir-être et savoir-faire liés à un métier artistique, la découverte d’un autre lieu, très différent d’une école, et de sa façon de fonctionner, la découverte de nouvelles activités (mouvements, expression corporelle, graphisme,…)

-le travail sur des pré-requis aux apprentissages : pour les élèves ayant été peu ou pas scolarisés, la gestion de l’espace et du temps, le rythme de travail, du développement de la confiance en ses possibilités ?...

- l’apprentissage du choix à faire, de la négociation en petits groupes, du respect des consignes afin de présenter un projet en public

Commentaires :

Commentaires (du professeur encadrant)
« Comme professeur participant à l’atelier, j’ai envie de communiquer la découverte d’une multitude de façons de s’exprimer, avec et au-delà du langage, la possibilité de vivre des expériences très différentes de ce qui peut se vivre en classe grâce à l’approche de l’animatrice. Pour les élèves, le peu de séances d’ateliers a constitué une difficulté mais ils sont néanmoins arrivés à créer de petites scènes, tous ont participé et ont accepté de montrer le résultat de leur travail aux élèves des autres ateliers. »